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Les défis de la formation professionnelle

Aussi bizarre que cela puisse paraître, quand les choses vont bien dans le domaine de l’emploi, elles sont moins reluisantes du côté de la formation professionnelle (FP) qui doit user d’imagination et de créativité pour attirer les élèves dans les différentes formations.

Pourtant, ce cheminement permet à ceux qui le suivent d’entrer rapidement sur le marché du travail avec des compétences reconnues dans différents domaines. Ce qui fait dire à la directrice des centres de formation professionnelle de la Commission scolaire des Bois-Francs (CSBF), Isabelle Cantin, que c’est un choix court et payant.
Malgré cela, il faut sortir des sentiers battus afin de proposer une offre qui attirera les élèves à qui on propose des postes dans les industries sur un plateau d’argent (pénurie oblige). Ça d’ailleurs été le cas pour le cours de préposé aux bénéficiaires (assistance à la personne en établissement de santé) qui bénéficie d’une expérience-pilote avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec qui permettra aux élèves de travailler une fin de semaine sur deux, directement dans leur champ d’études.
Avant même de commencer la formation, les élèves ont passé une entrevue et plusieurs ont un emploi à temps complet assuré après leurs études. Pour les autres, qui ne remplissent pas les critères du CIUSS, l’organisme s’est engagé à les suivre et leur offrir une deuxième entrevue en cours de formation pour voir s’ils ou elles répondent davantage aux critères,
Ce projet a été élaboré à vitesse grand V et a permis d’avoir suffisamment d’élèves pour commencer un groupe il y a quelques semaines alors que sans cette idée, seulement sept personnes étaient prêtes à suivre la formation. «On espère reconduire ce projet pour le groupe d’août prochain», souhaite Mme Cantin.
Plusieurs facteurs
D’autres facteurs expliquent aussi les difficultés à dénicher suffisamment d’élèves pour lancer des groupes dans les 17 programmes de formation professionnelle (avec d’excellents taux de placement) offerts à la CSBF dans quatre centres (Vision 2020, le Trécarré, CIFIT et André-Morissette).
Il faut considérer la baisse démographique qui fait en sorte que les élèves de 16 ans et plus sont moins nombreux qu’auparavant. «Mais ça va remonter à peu près en 2025. En ce moment, il y a un petit boom démographique au primaire. Ces jeunes seront prêts à venir en FP en 2025, mais en attendant ça ne va pas bien», explique Mme Cantin.
Le faible taux de chômage est un autre défi auquel la formation professionnelle doit faire face. En effet, les gens qui bénéficient de l’assurance-emploi vont souvent profiter de ce moment pour aller suivre des formations, ce qu’Emploi-Québec encourage. On ne peut guère compter là-dessus en ce moment alors que le taux de chômage est à son plus bas niveau.
«L’économie va tellement bien et les entreprises sont tellement en manque qu’ils embauchent, formation ou pas, quitte à former sur le tas. On se bat contre ça aussi pour avoir les élèves», remarque la directrice.
Et il y a aussi et encore les préjugés face à la formation professionnelle. «Le peu d’élèves qui pourraient venir en FP est poussé vers le cégep et l’université. Notre priorité est donc de remplir les groupes malgré un manque criant d’élèves.»
Et quand on sait qu’environ 80% des emplois offerts dans la région ne nécessitent pas d’aller à l’université, la formation professionnelle est pourtant encore plus attrayante. «Dans la région, nous avons un des secteurs manufacturiers les plus dynamiques qui fait qu’un emploi sur quatre est relié à ce secteur», ajoute la directrice.
Il faut rappeler que la formation professionnelle permet à l’élève de développer son plein potentiel. Et il y a de plus en plus de passerelles qui permettent, après un DEP, d’aller au cégep. «Et puisqu’il n’y a plus de carrières qui durent 30 ans, la FP permet de se renouveler après une courte formation», note encore la directrice. Et pourquoi pas une deuxième carrière après une courte formation?
Les coûts reliés à la formation professionnelle sont un autre avantage à considérer. En effet, ils sont minimes quand on considère que le plus dispendieux est le programme en coiffure (environ 1200 $), mais qu’il inclut une trousse qui permet à l’élève de travailler dès la sortie (séchoir, fers, ciseaux, etc.). «C’est une formation qui ne coûte pas cher donc un bon choix, mais en ce moment on n’a malheureusement pas d’élèves. À titre d’exemple, il y a cinq ans, nous étions en mesure de démarrer cinq groupes de plomberie-chauffage par année. Nous avons ensuite diminué à quatre groupes et, cette année, il n’y en a eu que deux», fait remarquer Mme Cantin. Pourtant, tout le monde a besoin de plombiers…
Même chose dans le secteur de la santé où on prévoyait offrir des groupes de jour et de soir pour répondre à la demande. Aujourd’hui, il faut offrir quelque chose d’original pour former les élèves dans un secteur où il y a pourtant une demande impressionnante.
D’autres projets sont mis en place pour attirer les futurs travailleurs,  comme l’alternance travail-études. Cette façon de faire est davantage attrayante puisqu’elle répond à deux besoins : celui de l’entreprise qui accueille des stagiaires qu’elle peut garder ensuite et à l’élève qui, après son cours, aura déjà une expérience de travail et un pied dans l’entreprise et connaîtra la réalité du milieu.
Actuellement, trois programmes permettent ou envisagent cette façon de faire. Il y a la vente-conseil (qui fonctionne déjà) et deux nouveaux projets qui seront effectifs l’an prochain : soudage-montage et électromécanique. Il faut mettre en place des projets qui répondent à la pénurie de main-d’œuvre et à celle d’élèves, en même temps.
Bien sûr cela implique davantage de travail pour la CSBF qui doit trouver des employeurs et les convaincre de devenir partenaires de l’éducation en enseignant la méthode du programme d’études. «Ça demande beaucoup d’investissement de temps pour l’entreprise, mais ça lui permet de mettre l’épaule à la roue pour régler le problème», note encore Mme Cantin.
D’autres alternatives
Toujours dans l’optique de répondre aux besoins des entreprises et des élèves, la formation professionnelle propose également la reconnaissance des acquis. Cela permet souvent, après vérifications, d’obtenir un diplôme avec son expérience de travail. «Parfois, il ne manque que quelques compétences à acquérir», ajoute la directrice.
Ces années-ci, ce sont les travailleurs et les élèves qui ont le gros bout du bâton. Ils peuvent se permettre de choisir où ils travailleront puisqu’il y a un manque flagrant de main-d’œuvre. Pour les intéressés à venir se former et obtenir un diplôme, la formation professionnelle se doit de demeurer à la fine pointe de la technologie et recréer le plus fidèlement le marché du travail.
Ceux qui choisissent les bancs d’école de la FP ont droit à une formation concrète (théorie et pratique), avec de bons taux de réussite et des professeurs passionnés qui ont tous la formation et l’expérience de travail dans le domaine.
À la CSBF, la formation professionnelle est parvenue à conserver jusqu’à maintenant tous ses programmes. «Il n’y a rien de fermé encore, mais nous n’avons pas de garanties pour l’avenir», soutient Isabelle Cantin.
Ce ne sont donc pas les défis qui manquent dans ce secteur de l’éducation. En plus de toutes les embûches, celle de la réputation de cette formation demeure toujours. Pourtant, les besoins sont nombreux et la formation professionnelle est, comme le dit si bien Mme Cantin, «un choix gagnant».

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