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A Casablanca, les grandes écoles ont du mal à retenir les jeunes talents

Les Marocains sont les étudiants étrangers les plus nombreux en France, avec 38 000 inscrits en 2016/2017. Le Maroc tente depuis des années de mettre fin à cette hémorragie, sans grand succès.



Ce n’est pas un beau roman, mais c’est une belle histoire... Celle de Paul et Salma, qui se sont croisés – sans se voir, contrairement à la chanson de Michel Fugain.
Paul vient du Nord – du nord de la Méditerranée. Natif de Bourges et élève ingénieur en quatrième année de l’école d’ingénieurs en génie des systèmes industriels de La Rochelle (EIGSI), il a mis cap au sud, pour parfaire ses compétences en bâtiment et travaux publics. Direction Casablanca, au Maroc. Pour l’étudiant français en bâtiment & travaux publics (BTP), le Maroc est un terrain d’apprentissage idéal. « A Casablanca, on construit à tour de bras », se réjouit l’élève ingénieur. Pont, routes, immeubles… où que l’on soit dans la ville, des grues immenses hérissent le paysage, symptômes d’une ville en croissance. « Nos professeurs sont des vrais professionnels du bâtiment, chacun dans sa spécialité », souligne l’étudiant.

Maintenir les meilleurs cerveaux sur son territoire

Salma, elle, vient du Sud. En ce début de mois de mai, elle embarque dans un Boeing 787 Dreamliner qui quitte le tarmac de la capitale économique marocaine. Direction : la France. La lycéenne, en terminale au lycée français Louis-Massignon de Casablanca, s’envole pour l’Hexagone afin d’y passer des concours et tenter d’intégrer une école d’architecture parisienne. « Les écoles françaises sont meilleures », répond sans hésitation la jeune femme lorsqu’on lui demande la raison de son départ.
Comme Salma, 38 002 Marocains – la plus importante communauté d’étudiants étrangers en France – ont fait le choix d’étudier dans l’Hexagone, selon le dernier rapport de l’Agence française pour la promotion de l’enseignement supérieur, l’accueil et la mobilité internationale, publié au mois d’avril. Et ce malgré une politique marocaine d’ouverture aux établissements d’enseignement supérieur français, pour attirer ou maintenir les meilleurs cerveaux sur son territoire.

En 2005, le royaume chérifien, grand exportateur de produits bruts (notamment de phosphate), décide de faire entrer son économie dans une nouvelle ère. Il lance le « plan Emergence », une accélération tous azimuts de l’industrialisation qui a pour ambition de « progresser dans la complexité des produits », explique Mohamed Filali, chargé du développement à Casablanca. « Pour poursuivre ce plan, il nous faut de la matière grise, pointe-t-il. C’est aux grandes écoles de nous fournir des ingénieurs agiles, qui feront du Maroc un pays d’avant-garde. »

L’un des objectifs d’« Emergence » était de former 15 000 ingénieurs marocains en dix ans. « D’ici à 2020, le seul secteur aéronautique aura besoin de 23 000 personnes, techniciens et ingénieurs », ajoute Karim Cheikh, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS). Mais avec seulement une quinzaine d’écoles d’ingénieurs sur son territoire (contre 207 en France), l’enseignement supérieur marocain ne répond pas à la demande. « Il reste un besoin énorme », reconnaît Hicham Medromi, directeur de l’Ecole nationale d’électricité et de mécanique de Casablanca.

En 2012, pour répondre partiellement à ces difficultés, Lahcen Daoudi, alors ministre marocain de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres, et son homologue française, Geneviève Fioraso, s’engagent à un renforcement de la coopération en matière d’enseignement supérieur, ainsi qu’à la création d’un Institut national des sciences appliquées (INSA) et d’une école Centrale à Casablanca.

Ces deux écoles d’ingénieurs ont ouvert leurs portes en 2015 et rejoint l’EIGSI, l’école d’ingénieurs rochelaise, installée au Maroc depuis 2006. Des établissements français spécialisés dans le management – EMLyon, ESSEC, Ecole des Mines… – ont suivi le mouvement. Aujourd’hui, quelque 800 étudiants suivent, au Maroc, un cursus français. « L’objectif est de monter à 4 000, soit 12 % des étudiants du système privé marocain », expose Christophe de Beauvais, attaché français de coopération scientifique et universitaire à l’ambassade de France à Rabat.

80% des expatriés restent en France

L’installation d’écoles ou de campus français au Maghreb n’a pas suffi à freiner la fuite des cerveaux. Jusqu’en 2017, la Commission des titres d’ingénieurs (CTI), qui évalue et accrédite les formations en France mais également à l’étranger, « exigeait qu’un étudiant suive trois semestres de cursus sur le territoire français », rappelle Youssef Ben El Mostafa, directeur du campus EIGSI à Casablanca. Malgré l’exigence financière que représente une année de scolarité en France pour les familles marocaines – au minimum 5 000 euros, dans un pays où le salaire moyen est de 300 euros par mois environ – « 80 % des étudiants expatriés restent ensuite en France », explique le directeur. A contre-courant de l’objectif affiché.

Depuis la rentrée 2017 cependant, les formations d’ingénieurs délivrées à « Casa » par Centrale et l’EIGSI sont reconnues pas la CTI sans passage obligé par la France. « A La Rochelle comme à Casablanca, il s’agit du même programme de formation, des mêmes critères d’obtention, de la même direction des études, du même diplôme que l’on délivre sur deux campus différents », rassure Sylvain Orsat, directeur général de l’EIGSI.


La France semble demeurer l’eldorado pour la plupart des étudiants casaouis. A l’EIGSI, Imane, Nihal, Nasir ne font pas mystère du plan de carrière qu’ils ont déjà élaboré : décrocher un diplôme reconnu sur le territoire français et y trouver un emploi. Tous ont en tête la vie meilleure dans l’Hexagone. La sœur d’Imane, ingénieure diplômée d’une école marocaine, a commencé sa carrière au Maroc pour environ 600 euros par mois, très loin des standards salariaux d’une jeune ingénieure européenne. « Moi, j’aurai ma première expérience professionnelle en France et une fois mes compétences et ma valeur reconnues, je reviendrai au Maroc », prévoit la jeune étudiante. Un retour avec de solides arguments pour négocier ses conditions de rémunération. « Un mirage, commente un responsable d’une grande école locale. Une fois installés en Europe, ils ne reviennent pas. »

« Il faut convaincre, tonne Serge Delle-Vedove, directeur adjoint de Centrale Casablanca. L’objectif de notre école n’est pas d’amplifier la diaspora ni seulement de former, mais aussi d’encourager les étudiants à rester sur le continent. Dans la tête de nos élèves, il y a une envie d’ailleurs. Ils scrutent les offres d’emplois et se tournent vers le Nord. La société civile marocaine, les patrons doivent communiquer sur les superbes projets à réaliser ici, un pays à développer, à industrialiser. Il y a ici des carrières accélérées à vivre qu’ils n’auront pas ailleurs ! » Quant aux entreprises marocaines, « elles doivent également comprendre que pour attirer des jeunes talents, il y a un salaire minimum à fixer, au-dessous duquel ils partiront. »


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